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Chronique du concert de SLUGGED du 28/03/14 au TMC

vendredi 4 avril 2014, par Olivier

D’emblée, si l’on se souvient bien du premier concert de Slugged au studio de l’Ermitage chroniqué dans ces pages le 25 avril 2012, la présence de Stéphane Payen dépasse désormais le stade de la simple invitation. Les deux hommes collaborent régulièrement et l’influence est audible. Les formes qui me rappelait Booker Little, Eric Dolphy et Bobby Hutcherson dans mon compte rendu (réécouter le bel album Phonotype” sur le label Onze heure onze) sont désormais bien contaminées par les conceptions métriques postcolemaniennes (tendance Steve) propres aux groupes Thôt, Print ou Octurn. Décontraction comprise, et c’est cela qui compte dans le jeu de Thibault Pierrard dont le jeu me semble s’être aéré si je me réfère au souvenir de ce qu’il jouait dans le groupe Oxyd d’Alexandre Herer). Cela qui compte aussi dans l’aisance avec laquelle Joachim Govin habite, diversifie et improvise sur les figures imposées qui maillent ces compositions proposées par Laisney ou Payen.

Au jeu en angles vifs de ce dernier, aux discontinuités et changements de braquet inattendus, Adrien Sanchez oppose un jeu tout en retenue, une réflexion posée, qui n’est pas sans évoquer les explorations patientes de Mark Turner, tandis qu’Olivier Laisney use d’une douce angularité avec un son de trompette jamais brillant, mais toujours intense (Booker Little me revient encore en mémoire), les scénarios à tiroirs des morceaux renouvelant constamment les propos de chacun des improvisateurs. Ceux-ci sont rarement laissés inactifs, constamment invités à rejoindre la rythmique dans ses ponctuations et, lorsqu’Olivier Laisney les réunit dans les parties thématiques, c’est avec un sens du son collectif qui les fait sonner comme un cloche par son sens du voicing et du timbre (la présence de Stephan Caracci est cruciale ici tant que par son rôle de soliste), ou parfois lorsqu’il se fait polyphonique, comme plusieurs cloches en carillon. Et le public de Coutances a marché avec cette petite réserve entendue au foyer du public, à l’entracte, dans la bouche d’auditeurs néanmoins admiratifs : « On les entend compter. » De deux choses l’une, soit ce sont ces auditeurs eux-mêmes qui comptent, soit ce ressenti que j’ai pu partager à certains moments vient d’une musique encore en rôdage, rôdage d’autant plus délicat que ces mécaniques rythmiques et formelles le sont et que ces musiciens manquent d’occasion de jouer. Merci donc à Coutances de leur avoir ouvert son théâtre.

Franck Bergerot

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