Olivier Laisney

Né en 1982, Olivier Laisney commence l’étude de la trompette classique dès l’âge de 10 ans à l’Ecole Municipale de Coutances avec Yvon Welman. A 17 ans, il découvre le Jazz, et suit des cours avec le tromboniste Thierry Lhivers, professeur au conservatoire de Caen.

Après avoir obtenu son bac, il décide d’approfondir ses connaissances en intégrant l’école ARPEJ à Paris où il suivra l’enseignement du guitariste Gilles Grignon et du saxophoniste Michel Goldberg. En parallèle, il étudiera au conservatoire du 9eme arrondissement (Nadia et Lili Boulanger) avec Tony Russo (Paris Jazz big band…).

En 2001, il intègre l’Ecole Nationale de Musique de Noisiel en banlieue parisienne. Il étudiera avec le trompettiste Sylvain Gontard, le guitariste Frederic Favarel ainsi que le tromboniste Guy Figlianlos.

Après avoir obtenu son diplôme d’études musicales, il intègre la classe de Jazz du Conservatoire National Superieur de Musique de Paris. Il y suivra l’enseignement de musiciens tels que Riccardo Del Fra, Hérvé Sellin, Dre Paelmerts, François Theberge, Glenn Ferris ,et participera à de nombreuses master class avec des musiciens tels que Tim Bern, Drew Gress, Marc Copland, Marc Ducret, Aka moon…

Il obtient le diplôme de fin d’études supérieures du conservatoire de Paris (Classe de Jazz et musiques improvisées) en 2010.

Il participe à la création de la pièce "Didon et Enée, le crocodile trompeur" qui obtient le molière du théâtre musical en 2014.

Oivier Laisney est très actif sur la scène Jazz française. . Il se produit aux côtés de Stephane Payen, Fabricio Cassol, Magic Malik, Alban Darche, Kyrie Kristmanson, Laurent Cugny...


Chronique de "Silent Form" dans citizen Jazz par Franpi Barriaux

Membre de la bande parisienne Onze Heures Onze, Olivier Laisney s’est illustré depuis plusieurs années avec Oxyd, dont un des albums a donné son nom au collectif. Il y retrouvait notamment le batteur Thibault Perriard, qui est l’homme de base de Slugged, nouveau quintet augmenté d’invités dont le trompettiste assume l’entière direction. Le jeu de Laisney est pugnace et agile, omniprésent sans être particulièrement mis en avant. Sur « Polyptique », il dompte en parfaite symbiose avec le saxophone ténor d’Adrien Sanchez une masse de mouvements contraires. Ces remous se canalisent peu à peu dans la guitare de Nelson Veras, invité sur trois brillants morceaux. Il faut dire que Slugged frappe fort. Avec insistance et frénésie, tout du moins.

Aux côtés de Perriard, dont le groove cabossé fait merveille dès l’ouverture d’« Intropolation », on retrouve la contrebasse de Joachim Govin, sèche et boisée qui tranche avec le son cristallin du vibraphone de Stephan Caracci, aperçu dans Radiation 10 ou Lightblazer. Tous trois forment le cœur de la machine Slugged, sur lesquels les autres viennent s’ajouter à ce qui ressemble à un vortex en formation. De sa récente collaboration avec Stéphane Payen dans son Workshop, Laisney a conservé le lexique colemanien tendance Steve. Il fonctionne à bas bruit dans « Bunraku » qui tire son nom d’une forme de théâtre japonais où tensions et gestes calculés s’expriment à travers l’échange entre Caracci et Pierrard. Mais il explose littéralement dans « In & Out 2 », titre justement signé Payen, le seul qui ne soit pas écrit par le trompettiste.

Ainsi, Silent Forms tiendrait de l’oxymore ? Pas forcément. Comme dans tout tourbillon, le centre est stable mais ne demande qu’à tanguer au gré des déplacements. C’est à cet endroit de tous les dangers, mais en même temps le plus contemplatif, que Laisney se place et invite l’auditeur pour mieux apprécier les superpositions versatiles du quintet. C’est lorsque Edash Quata apparaît dans « Unslugged » que la complexité remarquable des polyrythmies est la plus dense, frôlant presque les limites. Le rappeur centrafricain découvert avec Lightblazer déstabilise l’ensemble de son flow traînant qui oblige le quintet à une reconstruction permanente. L’instabilité est le domaine de Slugged ; c’est son charme également.

Chronique du disque "Silent Form" par Thierry Giard (culture Jazz)

Fidèle artisan du label Onze Heures Onze qu’anime Alexandre Herer, le trompettiste Olivier Laisney présente l’évolution de son travail avec son groupe Slugged dans ce second album. L’écriture est extrêmement aboutie, souvent complexe, mais cela n’entrave en rien le plaisir de l’écoute car cette musique a de la consistance et ne laisse pas l’auditeur passif. Ne manquez pas, mon plus, leurs concert qui éclairent parfaitement ce travail.

THierry Giard (culture Jazz)

Critique du disque "Silent Form" Par Franck Bergerot (Jazzmag)

Avec "Silent Form"(4 étoiles), le trompettiste Olivier Laisney signe le deuxième album de Slugged et creuse un sillon toujours plus fécond. S’il revendique l’influence de Steve Coleman et Dave Holland, je me suis déjà plu à évoquer à son propos Booker Little et Bobby Hutcherson, persistant, peut-être pas si sottement que ça, à les distinguer ainsi sur des terrains désormains très rebattus. Les compositions de Laisney(ainsi que celle prêtée par Stéphane Payen et celles cosignées par Thibault Perriard) sont, par leurs dédales et recoins, d’un charme mystrérieux et d’une élégance mélodique que ne démentent auncun des solistes, pas même les deux invités de passage, l’altiste Nelson veras, très à son avantage.

Franck Bergerot

Critique du disque "Silent Form" Par Pierre Tenne (Djam)

Le collectif parisien Onze Heures Onze avait déjà séduit cette année avec les conversations percussives du Workshop de Stéphane Payen. On était donc en droit d’attendre beaucoup de cette nouvelle livraison. Mais on comprend bien vite que la comparaison entre les deux albums a ses limites, puisque les deux projets furètent vers des horizons qui divergent – et divergent, comme on le sait, c’est énorme.

Mais entamons par une parenthèse : les collectifs fleurissent, moult et pléthore, sur la scène jazz française, et Onze Heures Onze se démarque déjà dans sa démarche en ouvrant ses portes à bien des musiciens extérieurs au groupe, ce qui n’est pas si fréquent et sans doute salutaire pour lutter contre l’atomisation annoncée des pratiques musicales, dont de nombreux collectifs sont par leur caractère souvent exclusifs des outils majeurs malgré tout l’intérêt qu’on peut leur porter. Voilà. D’où ici Nelson Veras, l’hidalgo sérieux de la guitare sèche, Edash Quata au rap sobre et classique tout en efficacité, Elie Dalibert à l’alto.

Pour ce qui est de la musique – après tout, on est là pour ça – Silent Form suit une trame classieuse qui fait jouer des couleurs et des espaces avec dilection et talent. Trame qu’on sent très maîtrisée dans l’écriture (voir le solo de Veras sur « Polyptique », tout en grâce et en contrôle), mais qui dégage des improvisations plus libres, plus enthousiasmantes peut-être. A ce titre, le « In & Out 2 » fait office de manifeste, le Slugged d’Olivier Laisney dansant avec talent sur cette ligne de crête entre le in et le out, le plein des harmonies et le vide spacieux, les mélodies claires sur accords ouverts (« Phonotypes Derivation ») et un univers plus clos puisant aux sources d’autres jazz.

Cette ligne de crête pourra susciter l’énervement de ceux qui n’y trouvent d’autre intérêt que le précipice qui la côtoie ; snob et pédant, j’en fais certainement partie. Et effectivement, l’esthétique toute post-moderne d’Olivier Laisney verse parfois dans le stéréotype, comme le titre rap de l’album « Unslugged » le rappelle en donnant l’impression, derrière l’irréprochable qualité du morceau, d’avoir été déjà trop entendu. Ces tics de langage n’empêchent cela dit jamais les musiciens de trouver sans discontinuer les ressources d’un propos juste, souvent profond (« Phoniploïdes », pourtant très stéréotypé, comme quoi) et toujours sincère. La tare intrinsèque du métier de critique est de voir des facilités et un manque d’originalité plus souvent que nécessaire, à raison d’écouter trop de choses. Trop, trop, trop… Les musiciens n’étant pas responsables de nos écoutes autistiques, il serait dommage de faire à Olivier Laisney et ses musiciens un reproche contredit d’évidence par l’acuité de cet album, qui emmènera à coup sûr bien loin les amateurs de clair-obscur.

Pierre Tenne

Olivier Laisney & Slugged, Silent Form, Onze Heures Onze, 2015

Chronique du concert de "The Workshop" du 29/11/14 aux 3 frères par JF Mondot (Jazzmag)

Après Patrick Charnois et son MAAÏ, Stéphane Payen et son workshop arrivent sur scène. Ils jouent une musique habitée, folle, enivrante. Stéphane Payen joue en se balançant d’un pied sur l’autre, toujours prêt à basculer dans la transe. Il y a dans tout cela une acidité joyeuse qui rappelle Ornette Coleman. On aime la liberté avec laquelle les voix de Stéphane Payen et de son trompettiste, Olivier Lainé s’entrelacent comme deux organismes vivants, s’éloignent, se rejoignent, se superposent, sans que l’on puisse parler de contrepoints ou de contrechants. On n’a pas tout compris à cette musique que l’on a reçue dans la figure comme un ouragan philippin.

Chronique du concert de SLUGGED du 28/03/14 au TMC par Thierry Giard

Soirée jazz dans le double cadre de la saison du théâtre municipal et de Focus Jazz, événement panoramique d’un mois sur les scènes bas-normandes. Ce soir-là, certes, la fougue généreusement swinguante était du côté du quintet de Jean-Benoît Culot qui invitait pour quatre dates le saxophoniste Dave Liebman, magnifiquement servi par l’élégance du pianiste Leo Montana (seconde partie). Ce soir-là cependant, l’exploration des nouvelles terres du jazz est revenue haut la main au trompettiste Olivier Laisney qui présentait son groupe Slugged dans sa ville natale. Dépassant l’émotion des retrouvailles avec ses racines musicales, le compositeur-trompettiste a démontré l’audacieuse richesse de sa musique à l’architecture rythmique et mélodique vraiment singulière. Olivier Laisney avait invité Stéphane Payen, saxophoniste alto très à l’aise dans un contexte qu’il affectionne : un jazz qui veut rompre avec des codes et conventions pour s’inventer des structures où l’abstraction n’est jamais synonyme de dérégulation libertaire. Une sacrée équipe de cadors selon Franck Bergerot, rédac’chef de JazzMag-Man présent pour l’occasion et déjà acquis à la cause de ces musiciens-bâtisseurs du jazz d’aujourd’hui.

À suivre de très près !

Jazzistiquement,

. :: Thierry Giard ::.

Chronique du concert de SLUGGED du 28/03/14 au TMC

D’emblée, si l’on se souvient bien du premier concert de Slugged au studio de l’Ermitage chroniqué dans ces pages le 25 avril 2012, la présence de Stéphane Payen dépasse désormais le stade de la simple invitation. Les deux hommes collaborent régulièrement et l’influence est audible. Les formes qui me rappelait Booker Little, Eric Dolphy et Bobby Hutcherson dans mon compte rendu (réécouter le bel album Phonotype” sur le label Onze heure onze) sont désormais bien contaminées par les conceptions métriques postcolemaniennes (tendance Steve) propres aux groupes Thôt, Print ou Octurn. Décontraction comprise, et c’est cela qui compte dans le jeu de Thibault Pierrard dont le jeu me semble s’être aéré si je me réfère au souvenir de ce qu’il jouait dans le groupe Oxyd d’Alexandre Herer). Cela qui compte aussi dans l’aisance avec laquelle Joachim Govin habite, diversifie et improvise sur les figures imposées qui maillent ces compositions proposées par Laisney ou Payen.

Au jeu en angles vifs de ce dernier, aux discontinuités et changements de braquet inattendus, Adrien Sanchez oppose un jeu tout en retenue, une réflexion posée, qui n’est pas sans évoquer les explorations patientes de Mark Turner, tandis qu’Olivier Laisney use d’une douce angularité avec un son de trompette jamais brillant, mais toujours intense (Booker Little me revient encore en mémoire), les scénarios à tiroirs des morceaux renouvelant constamment les propos de chacun des improvisateurs. Ceux-ci sont rarement laissés inactifs, constamment invités à rejoindre la rythmique dans ses ponctuations et, lorsqu’Olivier Laisney les réunit dans les parties thématiques, c’est avec un sens du son collectif qui les fait sonner comme un cloche par son sens du voicing et du timbre (la présence de Stephan Caracci est cruciale ici tant que par son rôle de soliste), ou parfois lorsqu’il se fait polyphonique, comme plusieurs cloches en carillon. Et le public de Coutances a marché avec cette petite réserve entendue au foyer du public, à l’entracte, dans la bouche d’auditeurs néanmoins admiratifs : « On les entend compter. » De deux choses l’une, soit ce sont ces auditeurs eux-mêmes qui comptent, soit ce ressenti que j’ai pu partager à certains moments vient d’une musique encore en rôdage, rôdage d’autant plus délicat que ces mécaniques rythmiques et formelles le sont et que ces musiciens manquent d’occasion de jouer. Merci donc à Coutances de leur avoir ouvert son théâtre.

Franck Bergerot

"4 étoiles JAZZMAN" Critique du disque "Phonotype" dans JAZZMAN par Pascal Rozat

Les mesures impaires et autres subtilités polyrythmiques sont peu ou prou devenues des figures obligées dans le jazz d’aujourd’hui. Et pourtant, rares sont ceux qui parviennent à les intégrer avec aisance dans un vocabulaire musical cohérent. A l’évidence, Olivier Laisney et les musiciens de Slugged sont de ceux-là. Fraîchement émoulus du CNSM, ces cinq jeunes talents jouaient encore au bac à sable du temps où Steve Coleman sortait son premier album. Chez eux, les grooves complexes ont le parfum de l’évidence, ils les jouent avec une apparence de facilité déconcertante (retenez bien le nom de Thibault Perriard). Entièrement originale – à tous les sens du terme – leur musique est constamment sur le fil du rasoir : pas de séduction facile ni de reprise racoleuse, mais des compositions anguleuses précisément agencées, des solos parfaitement maîtrisés (sacrée trompette !), et toujours une précision millimétrée. Bref de la musique « pure » qu’on pourrait dire abstraite, conceptuelle, voire mathématique, n’était le plaisir simple et presque charnel qu’on ressent à son écoute. Sur deux titres, la belle participation de Denis Guivarc’h à l’alto fait figure de passage de flambeau à la jeune génération, dont il faut espérer qu’on lui laissera la chance de se développer et de se faire entendre. Car le talent est là.

Critique du disque "Phonotype" dans les DNJ par Jean-Marc Gelin

Olivier Laisney est un jeune trompettiste que l’on commence à voir dans certains nouveaux groupes de la scène parisienne à l’instar de ce « Dress Code » dont nous nous étions récemment fait l’écho. Laisney est un jeune trompettiste qui a des choses à dire et qui le montre ici dans cet album sous son nom où la musique qu’il propose est un bel hommage au maître Steve Coleman. Autant dire qu’il faut vous préparer à entrer dans une musique complexe où les atonalités côtoient les rythmes impairs comme une sorte de conception quasi mathématique de la musique. Cela joue alors à fleuret moucheté avec une certaine élégance mais sans toutefois complètement éviter les clichés de l’écriture Colemanienne. L’instrumentum est convaincant et les nappes de Stephan Caracci au vibraphone donnent à cette musique un certain charme envoûtant. Olivier Laisney qui n’a certainement pas la partie facile y fait montre d’une très grande maîtrise technique. Adrien Sanchez et Denis Guivarc’h invité sur deux titres portent haut cette musique kaléidoscopique qui relève d’un processus complexe.

Cela peut sembler hermétique, mais ces jeunes-là , même avec leur académisme, parviennent néanmoins à nous embarquer. Il n’y a plus qu’à se laisser faire et entrer avec eux dans un labyrinthe totalement fascinant. Jean-Marc Gelin

Chronique du concert de "SLUGGED" à l’ermitage par Edouard Hubert.

Ici, la musique est extrêmement composée. 
Très bien, me direz-vous. Mais une manière de composition qui invite à une autre manière d’improvisation. Les grilles cycliques aux rythmes harmoniques rapides et à transposition régulière évoquent évidemment de nouveau Steve Coleman, mais aussi les principes compositionnels de Steve Lacy, grilles à l’intérieur desquelles les incursions improvisées se déplacent et s’enlacent au cœur de la résonance du vibraphone de Stéphan Caracci. Cette importance de l’écriture (les pupitres de partitions sont bien en évidence devant chacun des musiciens) n’empêche en rien l’impression de construction dans l’instant d’une musique qui se nourrit de son propre souffle. Le leader dirige d’une main le va-et-vient de ces courtes interventions solos à durée indéterminée, qui se déploient pour aboutir bien souvent à un contrepoint improvisé, ce qui n’est pas sans rappeler l’univers acoustique de Dave Douglas. Tiens, Dave Douglas… C’est également une autre évocation de sa musique qui nous est venue à l’esprit à l’écoute de la gracieuse ballade "Rouages". 
Mais le travail d’écriture évoque aussi les recherches de certaines musiques contemporaines, notamment spectrales, avec un vrai travail d’écriture axé sur la rencontre des timbres ainsi que sur les harmoniques "de cloches" des percussions résonnantes, ce qui implique également une véritable réflexion quant à la façon d’y intégrer et d’y conduire l’improvisation. D’ailleurs, ce qui n’est pas incompatible, Olivier Laisney possède à la trompette une articulation phrasé-son à la fois sèche et mate, qui participe intégralement à donner sa chaleur à la musique. Si l’arrivée du saxophoniste alto Denis Guivarc’h apporte d’abord un élargissement de l’effectif – ce qui participe à rappeler l’influence de Steve Lehman tant par le rapprochement dans l’intrumentarium que dans l’écriture qui en découle – elle fait également renouer l’ensemble vers une esthétique plus bop due notamment au phrasé marathonien de l’alto. Ceci confirme que Slugged dispose des mêmes préoccupations que cette scène de l’entre-deux – entre hard bop et free – représenté par quelques musiciens du label Blue Note au milieu des années 60, comme Jackie Mclean, Eric Dolphy (avec la participation de Bobby Hutcherson dans leur groupe, la présence du vibraphone ici y étant pour beaucoup) ou Hutcherson lui-même. 
Créant un pont entre deux époques (les années 60 et les influences plus actuelles), autant par le travail sur le timbre et les couleurs spectrales que sur les rythmes, Olivier Laisney place alors sa musique dans la généalogie d’un certain jazz, où la résonance serait notamment l’un des mots d’ordre. On invente comme ça dans Slugged, on prend les choses qui font plaisir, on les mélange, sans volonté de les masquer, et on envoie tout ça à toute vitesse (c’est la rapidité de l’enchaînement des idées que nous voulons souligner ici). Complexe, certes, mais surtout jubilatoire. Cette soirée et ces deux groupes ont confirmé l’existence d’une des voies balisées mais originale de la jeune scène du jazz parisien. 
Et quelle qu’en soit la date, une chose est sûre, l’un des renouveaux du jazz français retentira à 11h11. Et c’est tant mieux.

Chronique du concert de "SLUGGED" à l’ermitage par Franck Bergerot.

Pour ce qui est du quintette d’Olivier Laisney, je dois avouer n’y avoir opposé aucune résistance. Le personnel : Olivier Laisney (trompette), Adrien Sanchez (sax ténor), Stephan Caracci (vibraphone), Joachim Govin (contrebasse), Thibault Pierard (batterie). Les compositions d’Olivier Laisney ramènent à cet entre-deux des premières années 60, où des chercheurs expérimentaient en marge du free : Booker Little (référence ici incontournable), Don Ellis (celui des premières années 60), Eric Dolphy (dans une moindre mesure) et Bobby Hutcherson (c’est évidemment le vibraphone qui nous y renvoie). Un entre-deux repensé à l’aune du début de siècle, marqué par une certaine organicité du couple improvisation-composition et la remise en cause du débit qui caractérisa longtemps le jazz dans une évolution progressive menant du phrasé en croches swing aux nappes coltraniennes. L’improvisation soliste se glisse en petites séquences alternées entre les mailles de grilles serrées faites de rapides progressions harmoniques, de schémas rythmiques constamment accidentés et de rendez-vous orchestraux fréquents qui sont gérés l’œil sur la partition, mais avec une décontraction et un bonheur de jouer qui me manquait un peu dans la première partie. Ce doit être mon côté “nouveau Panassié”, ce qui n’est d’ailleurs pas peu paradoxal (rajoutai-je pour me rassurer sur mon compte). Du coup, l’arrivée de Denis Guivarch’ (dont le prochain disque attend depuis des mois le feu vert de son producteur et une chronique enthousiaste dans Jazz Magazine-Jazzman) gâcha un peu la fête, en ce qu’il réintroduisait le vieux “flow” dont Steve Coleman hérita de Charlie Parker, mais, probablement trop aux prises avec les partitions de Laisney pour ne pas céder à une tendance à l’athlétisme, oubliant l’essentiel de l’héritage parkérien, la respiration. Franck Bergerot (jazz magazine)

"OUI" Critique de l’album "Phonotype" par Thierry Giard

"Olivier Laisney est né en 1982 à Coutances, l’année de la première édition du festival Jazz Sous Les Pommiers. Passant par l’école de musique de la ville (qui refusait alors d’enseigner le jazz !), il a rejoint la classe de jazz du conservatoire de Caen (avec Thierry Lhiver) et cheminé jusqu’au CNSMDP (Paris) où il a parachevé son apprentissage. Un parcours volontariste qui porte ses fruits car ce premier album en tant que leader est une belle réussite. Le répertoire ne cède en rien à la facilité et les compositions complexes et riches sont remarquablement mises en valeur par une formation où s’illustre tout particulièrement... le leader (sobre et implacable) mais aussi Stéphan Caracci au vibraphone et l’invité Denis Guivarc’h, disciple de Steve Coleman, qui s’accorde bien à l’esthétique de ce disque. Pour un coup d’essai, c’est un coup de brillant élève : ce disque laisse augurer un bel avenir à ce musicien de grand talent. " Thierry Giard

Critique de l’album “Far away” du groupe dress code par Jean-Marc Gelin

L’émergence constante de nouveaux groupes sur la scène du jazz donne parfois à Paris des airs de Big Apple. Là aussi foisonnent les talents et la passion de la musique bien faite . Et lorsque l’on écoute par exemple celui-là on prend conscience d’une certaine universalité de cette musique dont les codes franchissent allègrment les frontières et les océans. Des codes qi viennent bien souvent de quelques prestigieux aînés et qui ne laissent de perpétuer l’héritage de Miles et de Wayne Shorter, au point que la forme du quintet trompette/ ténor/ Piano / Basse/ Batterie ramène bien souvent de nos jours à cette période bénie des dieux du jazz. Attentionnés à faire sonner des harmoniques très Shorteriennes (Far away), à créer une spatialité de la musique et au final à faire émerger l’homogénéité du groupe, ces jeunes-là affichent un réel savoir faire artistique qui épate. Au point aussi de reter un peu figé dans cette forme envoutante où le jazz s’évapore dans quelques volutes bleutées. On le voudrait parfois pmlus sauvage, un peu plus libre et moins concentré à faire sonner.

Mais n’empêche, les éléments organiques se mettent en place et d’auytres émergent. Comme par exemple Olivier Laisney dont chaque note est une boule d’énergie capable de porter le groupe très haut ( Dear Emma). Si Yacine Boulares semble parfois bien sage, très concentré sur son sujet, c’est pour y affirmer un son superbe, un son d’un grain aussi suave que voluptueux, entre l’héritage Lesterien et les promesse d’un Mark Turner. L’ecole de Chris Cheek oubde David Biney (pour moderniser les références) ne sont d’ailleurs pas très loin.

Quand à Simon Tailleu, qui prend désormais sur la scène du jazz une importance considérable et justement reconnue il a compris, à la mnière d’un Charlie Haden l’alliance parvient depuis quelques années Les compos portent la marque d’un réel savoir faire qui emprunte à leurs aînés et modèles mais tournent cependant un peu à vide.

Cependant dans ce jazz très intimiste, aucune fièvre mais juste la patience de l’artisan qui fignole et cisèle, qui travaille la pâte, harmonise les chants et les contre chants, dessine une aire de jeu. Everyting’s under control. Et au final un vrai plaisir à l’écoute de ce groupe qui possède la belle fluidité d’un geste assuré. A la manière d’un calligraphe,ou d’ un maître zen.

Jean-Marc Gelin

Critique de l’album “Far away” du groupe Dress code par Pierre de Chocqueuse

"Autre découverte, celle de Dress Code qui fête la sortie de son album “Far Away” au Sunside le 17. Mis sur pied en 2006 à l’occasion d’une résidence à Coutances, le quintette réunit Olivier Lainey (trompette) Yacine Boulares (saxophones), Benjamin Rando (piano), Simon Tailleu (contrebasse) et Cédrick Bec (batterie). Originaires du sud de la France, Tailleu et Bec constituent la rythmique de l’excellent sextette du trompettiste Christophe Leloil. Les deux souffleurs se rencontrèrent en 2001 au festival de Marciac et ont l’habitude de travailler ensemble. Le piano élégant de Benjamin Rando assure le lien entre la rythmique et les solistes dont il s’intègre avec beaucoup d’aisance. Leurs compositions originales aux arrangements très soignés évoquent parfois la musique du second quintette de Miles Davis et recèlent de passionnants chorus."

Pierre de Chocqueuse

Critique del’album “Far away” du groupe Dress code par Chris cheek

"Far Away est un titre approprié pour ce premier opus du quintet Dress Code. Dès les premières notes, le groupe crée un merveilleux univers sonore qui évoque des impressions et visions inédites, dans le lointain. Tout en beauté, sax ténor et trompette tissent des mélodies quasi hypnotiques alors que la section rythmique impulse un mouvement tantôt dynamique et appuyé, tantôt subtile et mystérieux. Les solistes sont à la fois virtuoses, expressifs et élégants, et l’interaction entre les musiciens est un vrai dialogue. L’abondance de détails saisissants prend tout son sens dans l’approche rafraîchissante de l’espace qui structure la variété de textures du groupe. Far Away est une aventure plaisante et surprenante à chaque écoute... Enjoy !"

Critique du disque “Oblivious” du groupe OXYD.

Difficile de parler d’une musique qui semble à la fois être la synthèse d’une certaine modernité, un vaste champ de défrichage et, en même temps, l’affirmation d’une identité de groupe. Oblivious, enregistré sur le label Juste une trace, est le deuxième album d’Oxyd, dont Alexandre Herer, qui joue du Fender Rhodes, signe toutes les compositions. Pourtant, comme dans nombre de jeunes groupes tels que Radiation 10, RockingChair ou encore Rétroviseur, pas de leader affiché dans le nom du groupe lui-même. Les arrangements sont collectifs, et l’esprit aussi. Dans une interaction organique omniprésente, on entend aux côtés d’Alexandre Herer le trompettiste Olivier Laisnay (Slugged), le saxophoniste ténor Julien Pontvianne (Khoom), et la rythmique infaillible formée par le bassiste Matteo Bortone et le batteur Thibault Perriard. Leur premier album, autoproduit, porte le même nom que le collectif parisien dont ils sont membres : Onze heures onze. Contre tout esprit de chapelle, celui-ci revendique des influences hétéroclites. Oxyd est traversé par l’héritage « steve-colemanien » et ses lectures européennes (Thôt, Octurn), mais aussi par les pièces à la fois easy listening et complexes de Radiohead ou l’énergie de Sonic Youth, en passant par les sonorités de la musique contemporaine.

Le vocabulaire éclaté et atmosphérique des longues improvisations qui flirtent avec le free jazz et les musiques expérimentales (« Doug », « Interlude2 ») est porté par des échafaudages cycliques formant une structure globale latente, de sorte que l’auditeur jamais ne se perd. Les jeux d’emboîtement et de superpositions, s’ils sont complexes, n’alourdissent pas la musique. Enfin, une énergie rock qui flirte aussi avec Jim Black donne une empreinte mélodique à l’ensemble (« Très clair », « Oblivious », « Sidérodrome »). Le Rhodes n’y est pas pour rien : avec la même douceur qu’un vibraphone, il apporte une belle épaisseur lyrique (« Ankh »). Une histoire nous est contée.

"REVELATION JAZZMAN" Critique du disque « Far Away » par Eric Quenot.

« Un son et une cohésion de groupe d’une absolue perfection, des compositions et des solos millimétrés marqués du double sceau « Miles Davis Quintet » et « VSOP ». « Far Away », premier album de quatre jeunes Français déjà bardés de prix et de récompenses, pourrait fort bien être brûlés en quelques lignes sur l’autel de l’originalité et de la prise de risque. Sauf que…jamais aucun groupe, en France, n’était parvenu à une telle assimilation de l’esthetique du Miles post-bop. En d’autres termes, tout ce qui a pu se faire ici, dans le genre, depuis vingt ou trente ans, ressemble au mieux à du bon bricolage. De plus, jamais, et cela explique évidemment la « claque » reçue à l’écoute de ce dique, l’occasion n’avait été donnée d’entendre un trompettiste en France (Olivier Laisney) doté d’une telle autorité et d’une telle plénitude sonore – freddie Hubbard, sans les excés ! Le saxophoniste ténor Yacine Boularès se pose clairement quant à lui en meilleur « turnerien » de l’Hexagone…l’épaisseur du timbre en plus, tandis que Benjamin Rando semble voué à rejoindre très vite le peloton des « très haut » (Aaron Parks, Jason Moran…) La rythmique Tailleu-Bec semble, elle, ne plus posséder aucune marge de progrès technique, sinon améliorer un swing qui sonne d’ores et déjà plus « européen ». Laisney, Boularès, Tailleu et Bec n’ont plus rien à apprendre…Ne leur reste qu’à lâcher les cheveaux. Rendez-vous le 17 mars à Paris, au Sunside. »

"REVELATION JAZZMAN" Critique du disque « Oblivious par Franck Bergerot

« Sur « Oblivious » second disque du quintette Oxyd « Révélation », l’héritage de Steve Coleman s’estompe derrière sa déscendance européenne (Thôt-Print-Octurn), celui de Tim Berne transparaît dans les contrepoints, les formats longs et les filigranes claviers-basse qui s’étirent à l’arrière plan, l’expressionnisme post-punk se moille d’un lyrisme homophonique entre abstraction et chanson pop. Oxyd c’est d’abord Alexandre Herer et ses partitions qu’il malaxe dans son piano-pétrin (un rhodes aux moult effets). C’est encore la guitare basse à la Swallow de Matteo Bortone. C’est le batteur Thibault Perriard à l’unisson d’hymnes post)modernes clamés en tutti ou soliste permanent, hyperactif, attentif à sa palette de timbres comme à la dynamique de l’orchestre. Ce sont enfin deux vents – Julien Pontvianne (ts) et Olivier Laisney (tp) – s’effaçant dans le collectif tantôt à la façon de la frontline de Miles dans Nefertiti, tantôt par de brefs échanges de solos plus intenses que diserts. A suivre dans notre agenda du mois à Marseille, à Grenoble, à Lyon. » Franck Bergerot